La ville de Nador, dans la région du Rif, au Maroc, est devenue en juillet un lieu de rencontre pour des écrivains, des enseignants, des traducteurs et des militants qui œuvrent en faveur de l’amazighe. Elle a également constitué un espace de rencontre entre Basques et Amazighs. Sur les rives nord-africaines de la Méditerranée, les participants ont abordé pendant quatre jours les défis auxquels la langue est confrontée et les étapes à franchir, tout en découvrant des expériences dans les domaines de la littérature, de la traduction et des technologies, présentées par des participants venus du Pays basque.
Les rencontres A Nedder S Tutlaɣt-nneɣ, «Nous vivons à travers notre langue» ont rencontré un grand succès. Selon les participants, cet événement a constitué une étape importante pour avancer face aux défis auxquels est confronté l’amazighe en général et, plus particulièrement, sa variété tarifit parlée dans le Rif. Parmi les engagements pris, les participants ont convenu de franchir des étapes importantes dans les domaines de la littérature et de l’édition. Les rencontres se sont également achevées sur une volonté ferme de renforcer la langue dans des domaines tels que la traduction et Wikipedia.
Le 9 juillet, première journée de la rencontre, a été consacré à permettre aux participants de faire connaissance et de renforcer leurs liens. Ils ont commencé par l’une des activités habituelles de Garabide: répartis en binômes, ils ont pris le temps de faire connaissance avant que chacun ne présente son partenaire au reste du groupe. Dès le début, une ambiance dynamique, pleine d’humour et d’échanges enrichissants, s’est installée. Selon les mots de l’écrivain, journaliste et organisateur amazigh Chahid Andichi, «dès ces premiers instants, il était clair que de merveilleuses journées nous attendaient».
Le lendemain, des maisons d’édition amazighes venues du sud, du centre et du nord du Maroc ont pris la parole afin de partager l’expérience accumulée au fil des années. Mirentxu Ibargarai, membre de Plazara, a également partagé avec les participants son expérience dans le domaine de la littérature jeunesse.
L’une des présentations ayant suscité le plus d’intérêt a ensuite eu lieu. Le Catalan Carles Torner, vice-président de PEN International, l’une des plus grandes associations d’écrivains au monde, accompagné d'Urtzi Urrutikoetxea, membre de Garabide et président du Comité de la traduction et des droits linguistiques de PEN, a présenté le travail de l’organisation. Ils ont notamment expliqué les actions menées avec des écrivains de langues minorisées ainsi que les initiatives développées dans ce domaine. La possibilité de créer un PEN amazigh a immédiatement suscité un vif intérêt. Torner et Urrutikoetxea ont expliqué que les écrivains et créateurs amazighs présents pouvaient eux-mêmes entreprendre les démarches nécessaires pour concrétiser ce projet.
À partir de l’expérience de la langue basque, les participants ont également discuté des moyens d’intégrer l’amazighe dans le système éducatif. Ils ont par ailleurs abordé la question du système d’écriture le plus approprié pour l’amazighe et présenté des outils technologiques permettant de créer des passerelles entre l’alphabet latin et l’écriture traditionnelle tifinagh.
La troisième journée s’est poursuivie autour des technologies. Les participants ont discuté de l’intégration de l’amazighe dans les outils d’intelligence artificielle. L’expérience catalane Awal Digital a été présentée, ainsi que des outils de correction automatique pour l’amazighe. Dans ce contexte, Kepa Sarasola, enseignant à l’Université du Pays Basque (EHU) et à l’UEU, membre du groupe IXA et de l’association des wikimédiens basques, a présenté sa vaste expérience de manière très concrète, en créant sur place de nouveaux articles en amazighe.
Les participants se sont ensuite répartis en groupes afin d’analyser différents projets littéraires et les défis liés à la traduction vers l’amazighe. La traductrice Nahia Zubeldia a également partagé son expérience à travers des exemples intéressants portant sur le travail entre les variétés locales du basque et la langue standard.
La dernière journée a été consacrée aux écrivains et écrivaines. La plupart étaient naturellement amazighs, mais Ainara Maya Urrotz, vice-présidente de l’Association des écrivains en langue basque, a également présenté plusieurs initiatives de la littérature basque, notamment Hatsaren Poesia et la maison Hugo Enea de Pasaia.
Avant la fin de la rencontre, un hommage a été rendu au professeur d’université chevronné Abdelhadi Emharraf. Nombre de ses anciens étudiants comptent aujourd’hui parmi les figures importantes de la recherche et de la culture amazighes, et ils ont tenu à être présents à Nador le jour de cet hommage.
Émotion, énergie et envie de travailler ensemble se sont conjuguées tout au long des rencontres. Un premier résultat concret est apparu dès l’événement: la volonté de créer un PEN amazigh, qui a été transmise à PEN International à Londres. «Malgré la fatigue, il y avait une énergie qui alimentait notre passion pour le tamazight», se souvient Chahid Andichi.
Tannemirt, merci, eskerrik asko!













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